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What About Her ? – Pauline Marcopoulos

Avr 1, 2025

Pauline Marcopoulos a su très jeune que le spectacle vivant serait un élément très important de son équilibre de vie. Partager des émotions artistiques, surprendre des personnes dans la rue avec différentes formes de spectacles, ressentir l’adrénaline d’avant la rencontre avec le public sont autant de ses moteurs et profondes motivations ! Aujourd’hui elle est régisseuse son au Florida, scène de musiques actuelles à Agen, mais ce poste lui fait expérimenter bien plus que des concerts !

Le Florida est un lieu historique et emblématique du centre-ville d’Agen. Cabaret des années 30, music-hall au sortir de la seconde guerre, cinéma dans les années 80 puis lieu dédié aux musiques actuelles et aux pratiques artistiques numérique depuis 1992, le Florida vibre aux sons de l’expérimentation artistique, de l’expression de chacune et de chacun, de la rencontre et de la curiosité. En effet voici plus de 30 ans, pour la partie musiques actuelles, que son projet résonne du centre-ville agenais aux différentes bourgs, quartiers et villages du Lot et Garonne en mettant la pratique musicale de toutes et tous et surtout en collectif, à l’honneur ! Premier équipement dédié aux musiques actuelles qui a su tisser des liens entre répétition, création, et transmission musicale, le Florida demeure un agitateur de nos imaginaires culturels et de nos pratiques artistiques à l’écoute de son territoire, des personnes qui y vivent, qui y passent et y reviennent 

Entretien avec Pauline Marcopoulos

Qu’est-ce qui t’a donné envie un jour, de devenir régisseuse son ?

En fait, quand je suis sortie du lycée, je savais déjà que je voulais travailler dans les concerts, les festivals, avec l’idée, à l’époque, d’être plutôt du côté de l’organisation ou de la création des évènements. J’ai donc commencé un cursus universitaire par une première année en licence Art du spectacle. Mais la fac, finalement, ce n’était pas trop mon truc, trop de théorie. J’ai donc poursuivi par un DUT (Diplôme Universitaire Technologique) multimédia, je me disais que la communication, ça me servirait toujours et puis ce cursus intégrait de la vidéo qui me branchait bien à l’époque ! Je me suis donc engagée dans cette voie, mais très rapidement, je me suis désintéressée de la communication ; en revanche, les cours de production audiovisuelle, filmer, prendre le son, ça m’a bien plu. Et il y avait aussi les cours de traitement du signal, je découvrais le son et ça me branchait bien, cette partie-là ! J’étais à Grenoble à cette époque et j’ai fait un stage dans une salle associative qui s’appelle l’Ampérage. J’ai eu l’occasion de faire du plateau et ça m’a plu tout de suite, énormément ! J’ai été accompagnée par le régisseur, Hervé, qui m’a beaucoup soutenue et encouragée, j’avais donc vraiment la sensation de bien m’en sortir, d’être à ma place, d’aimer ce que je faisais. J’ai donc fini mon DUT, puis l’été suivant j’ai commencé à être bénévole en technique sur des festivals, le Nomade Reggae Festival près d’Annecy, Chalon dans la rue, le festival Démon d’Or pas loin de Lyon. Je faisais beaucoup de plateau et ça a, tout de suite, confirmé que c’était le côté technique de la scène, qui me plaisait.

 J’avais vraiment rempli mon été de bénévolat technique pour apprendre le plus possible. 

Est-ce qu’avant tes choix d’orientation professionnelle tu avais déjà été sensibilisée au milieu du spectacle ?

En fait, mes parents m’emmenaient tous les ans à un festival qui s’appelle  Rock’n Poche en Haute-Savoie depuis l’âge de mes 11 ans. Et puis, ma mère m’amenait aussi souvent au théâtre Château-Rouge à Annemasse, j’ai donc vu beaucoup de chouettes spectacles grâce à elle et ça me plaisait bien !  Et puis, je me rappelle quand même un jour où je me suis dit « Ah, mais le gars-là qui fait le son, il a l’air d’avoir clairement la meilleure place ! ». Je me rappelle précisément ces pensées-là ! J’avais envie de passer ma vie en concert. Je me suis donc un peu fixé ça comme objectif professionnel !

 

Et comment es-tu passée de premières expériences bénévoles à une insertion professionnelle dans les métiers du son ?

Après ma période de bénévolat, je suis partie en Allemagne. J’y ai fait un stage dans une boîte de prestation. J’ai vite compris que je n’avais pas le niveau technique en physique et en électricité. Il y avait beaucoup, beaucoup de notions que je ne connaissais pas. J’ai vite compris qu’il fallait que je me remette à niveau là-dessus.  Je me suis donc motivée à reprendre des cours de physique, à apprendre les bases.  Et finalement je me suis dit qu’il fallait que je fasse une formation en sonorisation.  Je suis quand même quelqu’un d’assez scolaire donc j’aime bien apprendre et qu’on me donne la matière. Puis j’ai tenté le concours du CFPTS à Paris, mais je n’ai pas été prise, clairement, je n’étais pas du tout au niveau… En revanche, j’ai été prise en DNMADE, Diplôme National des Métiers d’Art et du Design de Paris, en sonorisation du spectacle vivant. J’ai donc suivi cette formation en trois ans, qui était hyper intéressante ! C’est une formation publique qui est à la fois technique et à la fois artistique, même à la sélection, un petit bagage artistique est demandé. Et pour moi ce sont des sujets qui me parlent beaucoup. Je fais un peu d’arts plastiques, d’histoire du théâtre. Tout ça, ça me parlait donc pas mal. On a eu un enseignement théorique hyper solide et puis aussi des bases en lumière, qui nous a permis d’être polyvalent·es. Nous avions aussi la possibilité de créer des petites formes artistiques, c’était assez chouette !

Et puis dans le cadre de ce DNMADE, il y a eu un moment un peu décisif. Tous les étudiant·es de 2Ième année sont intégré·es en tant que stagiaires sur un festival d’arts de rue : Onze Bouge dans le 11ème arrondissement de Paris. J’y ai rencontré Véronique Charbit qui est directrice technique sur plusieurs événements et notamment pour la compagnie Oposito. C’est une personne qui m’a beaucoup marquée, qui est très chouette, parfois dure aussi. C’est-à-dire qu’il faut accepter un certain rythme, des conditions de travail un peu dures et exigeantes. Et puis il faut y aller, il faut enchaîner. Mais ce festival s’est hyper bien passé pour moi, j’étais complètement dans mon élément. L’art de la rue, c’est vraiment quelque chose qui me parle beaucoup. J’en avais vu pas mal aussi quand j’étais gamine en spectatrice. Véronique Charbit m’a repérée et m’a rembauchée sur le spectacle de la compagnie Oposito, Peaux bleues. J’ai fait plusieurs dates avec elle, sur des festivals aussi, sur les Rencontres d’ici ou d’ailleurs à Garges-lèz-Gonesses. Cependant, je faisais davantage du plateau que de la sonorisation. Il y a eu cette expérience marquante d’une part, et d’autre part, il y a eu ma professeure de lumière au DNMADE, qui m’a recommandé à Aurore Erguy, qui souhaitait créer un festival d’arts de rue en Eure-et-Loir. Elle cherchait de nouvelles têtes pour lancer l’événement.  Et elle a pensé à moi pour faire la régie générale du festival. Ce qui a joué en ma faveur, c’est que j’avais le permis d’ailleurs !  Ce festival proposait un concept assez fun d’une balade sur le territoire avec des spectacles sur différents sites, pas des plus simple quand même en termes de régie générale ! Et moi à l’époque, j’étais plutôt dans le refus ou la crainte d’aller sur une régie complexe, de coordonner une équipe, de prendre et d’assumer des décisions. C’était des compétences que je ne pensais pas avoir. Mais finalement je me suis dit que c’était une super opportunité ! Et je me suis lancée !  Et voilà, c’est la quatrième édition du festival La Grande Balade, je travaille toujours là-bas aussi !

Petite, tu avais une pratique de spectatrice dans ton cadre familial. Est-ce que tu avais aussi une expérience en termes de pratiques artistiques ?

J’ai joué de la guitare pendant longtemps, de la guitare classique, avec un super prof en cours individuel. J’ai appris aussi le solfège, mais pas au conservatoire. Et puis, quand je suis partie de chez mes parents, j’ai arrêté les cours. Je ne me considère pas vraiment musicienne parce qu’il y a cette période d’apprentissage pendant laquelle j’ai appris avec des partitions et donc ensuite pour sortir une guitare sans ta partition et jouer avec les copains ce n’est pas la même chose ! J’ai donc un peu lâché la pratique de la guitare !  Et j’aime bien l’idée de me dire que je fais aussi de la musique en sonorisant des artistes. Je préfère avoir cette position-là plutôt dans l’ombre, mais de pouvoir être toujours en contact des musicien·nes parce que je trouve qu’ils sont incroyables !

 

 …j’aime bien l’idée de me dire que je fais aussi de la musique en sonorisant des artistes. 

Si on revient à ton parcours professionnel, à la suite du DNMADE, comment s’est passé ton entrée dans la vie active de technicienne son ?

J’ai donc eu mon diplôme de régisseuse son, mais le COVID est arrivé. Et puis je voulais quitter Paris aussi. Donc je suis partie en France en vadrouille, en camion, dans l’idée de pouvoir suivre des compagnies. Ce qui ne s’est pas du tout passé comme ça finalement ! C’était la période Covid, on ne pouvait pas travailler réellement dans le spectacle, donc j’ai plutôt eu des jobs alimentaires, et en fait j’ai trouvé du travail dans le coin d’Agen. Je me projetais à l’époque davantage en tant qu’intermittente du spectacle, mais c’était assez compliqué ! Je n’avais pas beaucoup d’expérience pratique de sonorisation en sortant de formation. Nous avions davantage fait de la création sonore et de la théorie. Je ne me sentais pas du tout autonome sur une console, je ne savais pas quoi dire aux potentiels employeurs en termes de compétences, etc.

Et un jour, quelqu’un m’a dit que le Florida cherchait un ou une régisseuse son. Ma première réaction a été de me dire « non, c’est hors de question, je ne vais pas m’enfermer dans une salle ! » Et puis, en fait, j’ai vu la fiche de poste qui inclut une part importante de médiation culturelle, il n’y avait pas uniquement du concert pour du concert ! Je retrouvais un peu cet aspect arts de rue, j’aime bien être dehors, j’aime bien que ça sorte des murs, j’aime aller jouer chez les gens, enfin dans la rue. J’ai donc retrouvé un peu ces dimensions dans la fiche de poste. Et c’était aussi l’occasion d’asseoir réellement mes compétences, de gagner en confiance, de travailler mes oreilles à fond sur un système que je connais, avec une équipe de confiance. J’ai donc signé tout d’abord en CDD, et puis maintenant voilà, j’attaque ma 3ième année au Florida, en tant que première régisseuse son permanente dans cette structure !

 

Si tu devais présenter ton métier ou tes journées à quelqu’un qui ne connaît pas trop le milieu de la sonorisation, comment décrirais-tu tes activités, tes tâches au quotidien ?

Mes journées sont assez denses au Florida, parce qu’il y a plein d’aspects différents sur lesquels je suis impliquée. Il y a celui de la musique en amateur et des studios de répétition, qui est plutôt la partie de tous les jours, qui est une constante du projet. Sur cette entrée j’accueille des musicien·nes qui viennent répéter en studio. Notre travail, c’est de leur faciliter l’approche technique, c’est-à-dire de s’assurer qu’ils et elles comprennent comment fonctionnent les amplis guitares, basses, les micros, les aider dans cette approche technique du son. Nous n’intervenons pas sur leur musicalité, mais vraiment sur le signal son, comment on le traite, qu’est-ce qui sert à quoi dans ce traitement, etc. Il s’agit que tout le monde s’entende bien et puisse répéter dans de bonnes conditions. Les studios sont ouverts tous les jours de la semaine au Florida, c’est donc une tâche de fond. A cette première partie de mes tâches, s’ajoute la partie de préparation des concerts. Nous sommes une équipe de trois régisseur.ses son en permanents au Florida et nous nous répartissons les différents concerts, les différentes dates, et chacun est référent·e d’une date. Par exemple, j’accueille la semaine prochaine le concert de Ben et Mylène. J’ai reçu leur fiche technique avec l’ensemble de leurs besoins plus ou moins détaillés pour les accueillir : combien de micros ? Quels instruments ? Combien de retours ? etc. J’identifie tout ça, je me mets en contact avec les techniciens et je m’assure que tout est OK, que s’il y a de la location de matériel à faire, il faut que je gère cette location. Donc ça, c’est aussi un peu sur toute l’année, en parallèle de la gestion des studios et du reste, de la préparation des concerts.

Et puis, il y a les jours de concert où là je vais vraiment faire de la sonorisation à proprement parler !  Nous accueillons des musicien·nes, on les installe au plateau, sur scène, on branche des micros là où il y en a besoin. Par exemple, notre réelle expertise est de savoir quel micro on utilise, où les mettre,… Ensuite nous branchons tout ça, et on récupère les signaux à la console. A partir de là, on va pouvoir mélanger les sources sonores pour que l’harmonie se fasse et que les sources soient bien distinctes les unes des autres. Souvent nous accueillons d’autres techniciens extérieurs, qui viennent avec le groupe, qui ont besoin d’être guidés sur la console de la salle. Et puis une fois que le concert démarre, il y a toujours un technicien à la console, plus quelqu’un de chez nous qui l’accueille, une personne au plateau qui va s’occuper d’intervenir s’il y a besoin de changer un câble par exemple, s’il y a un micro qui tombe, s’il se passe quelque chose sur le plateau, et quelqu’un aux retours qui va gérer le son uniquement des retours, c’est-à-dire des enceintes sur scène qui permettent aux musicien·nes de s’entendre correctement. Nous avons la chance d’avoir cette configuration-là qui est quand même très confortable !

Il y a également la sonorisation des projets d’actions culturelles ou des événements dans le bar, qui sont donc des plus petits événements, mais qui font partie de la programmation. Nous allons soit sortir du matériel pour aller, par exemple, faire le concert de restitution d’ateliers d’écriture menés avec des enfants dans un village. Dans ce cas, on prépare le matériel qu’on emmène, on installe le système son, ça s’appelle le calage du système, étape qui permet de vérifier que ça sonne bien, que ce soit agréable pour tout le monde. Et ensuite comme pour les concerts dans la salle, on accueille les personnes qui vont jouer, on fait les balances, on les sonorise et à la fin on démonte tout et on ramène le matériel.

Et pour finir il y a aussi l’accompagnement des pratiques en amateur. C’est ce que je fais le plus au Florida, que je ne faisais pas ailleurs. C’est hyper intéressant, parce que quand tu sonorises des artistes professionnels, ils se débrouillent, ils savent se brancher, ils savent comment ça fonctionne, comment ça va se dérouler. Tandis que là, avec les personnes qui pratiquent dans un cadre amateur, en fait tu repars de zéro, on les soutient, on fait un peu de pédagogie aussi et de l’enseignement technique tout simplement.

Qu’est-ce qui te motive particulièrement, qui te fait vibrer par rapport à ces différents types d’actions que tu peux faire au Florida ?

Il y a plusieurs aspects. Celui qui m’émoustille, dans tous les cas, que ce soit au Florida ou ailleurs, c’est quand même cette forme d’adrénaline liée au spectacle, d’urgence à ce que ça fonctionne à l’heure H qui est hyper stimulante. Moi c’est comme ça que j’aime bien travailler dans cette dynamique-là ! Plus précisément, ce qui donne du sens à mon travail, c’est ce qu’on amène aux gens, en fait. C’est quelque chose qui est hyper essentiel et qui se fait depuis toujours, depuis l’existence des sociétés je crois, c’est d’amener cette possibilité de s’évader à un moment, et de donner à voir, à écouter des choses aux personnes, qu’ils ou elles ne connaissent pas, c’est de faire vivre un peu au public ce que moi j’adore dans le concert, dans le spectacle, dans le théâtre, peu importe, mais c’est de vraiment vivre des émotions. En tant que spectatrice, c’est quelque chose qui me transporte réellement et je sais que j’ai pu vivre des révélations à mon échelle personnelle grâce aux spectacles. C’est ce que je retrouve aussi énormément dans le spectacle de rue. C’est vraiment quelque chose qui me fait énormément vibrer parce qu’il y a ce rapport aux autres. Dans un spectacle de rue, on va chez les gens sans qu’il y ait ou pas forcément, une demande au départ, mais on arrive et on propose un spectacle dans l’espace public qui plait ou pas, mais en tout cas on est là. Et puis on s’adapte à un cadre où tout est nouveau à chaque fois. C’est vraiment ce qui me plait, faire des choses parfois un peu folles dans des endroits qui se mettent à vibrer à nouveau parce qu’on y amène un spectacle, un concert. Et puis tout simplement, on le sent quand on fait un concert, on sent tout de suite que tout d’un coup, tout le monde vibre de la même façon. Il y a un truc qui amène énormément de joie et qui est pour moi tellement nécessaire d’autant plus à l’heure actuelle ! Je suis très heureuse de pouvoir faire un métier qui me nourrit tous les jours. Mais les moments qui me font le plus vibrer, au Florida, c’est vraiment les Live sessions qui sont les concerts des élèves. Les élèves forment des groupes, le plus souvent,  guitare basse batterie chant, qui apprennent des morceaux, des reprises, et ensuite ils et elles montent sur scène pour le concert des élèves. Mais ce n’est pas n’importe quel concert des élèves ! Ils et elles sont accompagné.es comme des professionnel.les avec des retours, de la lumière. Et là tu vis des moments incroyables parce qu’il y a des personnes qui se libèrent sur scène, elles vivent des trucs encore plus intenses que les musiciens professionnels puisqu’eux font ça tous les jours et qu’ils ont peut-être perdu cette flamme du début.  Mais quand ce sont des jeunes ou des plus vieux d’ailleurs, ils sont sur la grande scène du Florida avec tout le monde qui crie, qui les encourage, c’est hyper beau et tu sais que là, potentiellement tu as encore un impact plus fort sur la vie des personnes parce que juste le fait d’être monté·e sur scène, d’être mis·e en avant, en lumière, et bien peut-être que la personne, elle ne se verra plus de la même façon. Elle aura probablement juste un petit déclic qui lui donnera confiance, qui lui dira qu’elle est capable de réaliser plein d’autres choses, qu’il y a d’autres métiers qui sont possibles, et même sans dire qu’il faut forcément qu’il ou elle devienne musicien·ne ! En tous cas, après cette expérience elle peut s’autoriser à imaginer ce qu’elle a envie d’être un peu au-delà de ce qu’on nous propose facilement quand on débarque dans la vie professionnelle.

 … faire vivre un peu au public ce que moi j’adore dans le concert, dans le spectacle, dans le théâtre, peu importe, mais c’est de vraiment vivre des émotions 

Il y a peu de techniciennes dans le secteur des musiques actuelles. Est-ce que cela t’a questionné par rapport à tes choix professionnels ? Est-ce que vous étiez sur une parité en formation ? Comment l’as-tu vécu ?   

Alors je crois que ça ne m’a pas du tout freinée. Bien au contraire. Je crois que j’ai beaucoup apprécié d’être à la place de la seule femme de l’équipe. Tout d’abord parce que je m’entends particulièrement bien avec les hommes. Ça ne me pose aucun problème de travailler dans des équipes masculines. Je pense qu’au contraire, ça m’a donné encore plus envie d’être à cette place-là. Je me rappelle, en tout cas, qu’au début, je me suis vraiment mis une barre haute pour devoir faire comme les hommes. C’est-à-dire qu’en termes de physique, j’avais décidé que je porterais plus que ce que je pouvais porter !! Au début, je ne voulais jamais demander de l’aide pour porter des trucs hyper lourds alors qu’on peut le faire à deux et que ce n’est pas nécessaire de se faire mal. Puis petit à petit, je pense que j’ai un peu mûri là-dessus. En fait, il y a toujours ce moment particulier quand tu intègres une nouvelle équipe, où les techniciens vont d’abord considérer que tu n’es pas forcément aussi costaude que ce que tu es vraiment. Aussi, il va falloir convaincre les collègues, montrer que tu es capable. Une fois qu’ils ont vu que tu soulevais ça, que tu savais faire ça, il n’y a plus de méfiance. Mais c’est toujours quand tu arrives dans une nouvelle équipe que tu dois faire tes preuves d’autant plus que tu es une technicienne !  Je crois que j’ai un peu surjoué la fonction dans l’attitude que j’ai adoptée, en tout cas au début. Et puis il y a aussi un autre aspect qui m’a particulièrement marqué en tant que femme. Quand j’arrive dans une équipe exclusivement masculine, et ça arrive très régulièrement, les blagues, les codes de langage habituels entre eux changent, ils s’excusent de leur forme d’humour parce que je suis là. Et du coup, un peu de la même façon, j’ai développé une certaine surenchère de langage, où je vais être dans l’abus encore plus, pour que ça se décoince et qu’il n’y ait pas de gêne à avoir, si on ne tombe pas dans des propos insultants bien sûr, pour me sentir acceptée aussi ! Ce sont des choses qui me questionnent régulièrement. Par exemple, au Florida dans l’équipe avec laquelle je travaille actuellement, ce sont deux hommes hyper grands et baraqués, mais pour autant ils ont été tout de suite hyper inclusifs, ils ne m’ont jamais sous-estimée, ils m’ont mis tout de suite mis à la même hauteur qu’eux dans le sens physique, puisque bien sûr, je n’ai pas la même expérience qu’eux. La question des capacités physiques sur ces métiers revient quand même régulièrement. J’y réponds en me disant qu’en fait, de toute façon, être seule à porter des charges lourdes, ça ne sert à rien, qu’on soit homme ou femme ! En fait, c’est le seul et unique aspect du métier qui diffère pour moi, selon qu’on soit un homme ou qu’on soit une femme. Tout le reste, sonoriser, câbler, réfléchir, comprendre la technique, conduire, etc. en tout ça nous sommes complètement égaux !

Au début, je ne voulais jamais demander de l’aide pour porter des trucs hyper lourds alors qu’on peut le faire à deux et que ce n’est pas nécessaire de se faire mal !

Quels conseils donnerais-tu à une jeune femme qui voudrait se lancer dans le son aujourd’hui ?

C’est difficile comme question ! Pour moi, il faut avoir conscience que c’est un métier qui fait se dépasser. C’est un métier où tu ne peux pas donner de ta personne à moitié, il faut s’attendre à devoir montrer que tu en veux ! Il y a aussi un effet générationnel qui joue sur l’intégration dans ces métiers. Les nouvelles générations ont davantage l’habitude, voir l’envie, de travailler davantage en mixité, là où les plus anciennes ne connaissaient qu’un environnement professionnel masculin où tu devais davantage faire tes preuves en tant que technicienne. Et se mettre en avant, montrer que nous sommes-là c’est quelque chose qu’on ne nous transmet pas beaucoup en tant que femme dans notre société ! Et ce n’est pas qu’une question de confiance en soi, comme on aurait tendance souvent à nous le faire croire ! Selon moi c’est une question de réactivité, de sentir comment ça doit se passer, d’agir en direct, d’être réactif·ve C’est souvent ça que les employeurs repèrent de mon expérience. Pour moi qui suis aujourd’hui parfois dans la position de constituer des équipes techniques, ce sont ces qualités que je recherche plutôt que des capacités à porter des charges de telles ou telles dizaines de kilos ! Il faut effectivement s’attendre à donner plus que ce qu’on reçoit en termes de paye, en termes d’heures sacrifiées, ce sont malheureusement des vérités de ce milieu de la technique du spectacle vivant qui peut être un peu brut, sans distinction de genre d’ailleurs ! J’y ai aussi croisé des techniciennes qui ont pu me sembler brutes ! Il faut être consciente de cet aspect du métier et aimer les caractéristiques de ce milieu qui sont accessibles à n’importe quelle femme !

Dans l’idéal et sans limite, ton futur professionnel à 10 ans, comment le vois-tu ?

Je crois que j’aimerais bien participer davantage à des créations, avec des compagnies, avec des troupes, avec des personnes avec qui humainement j’aime travailler. Imaginer des créations, que ce soit en son ou même en lumière, je pense que j’ai un peu envie de faire plus de lumière peut-être à l’avenir aussi, accompagner des créations et jouer dehors, dans n’importe quel type de lieu. Je pense qu’il y a un moment où j’aurais envie de rebifurquer vers le théâtre surtout de rue pour continuer d’aller chercher les spectateur.ices chez eux directement, et essayer de les faire réfléchir au monde qui les entoure.

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