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Fabrica Femina : entre musique et poésie, une fabrique de l’art au féminin

Avr 1, 2025

La Madeleine est une maison du 19ième siècle dans un village de 120 habitant·es au nord de la Charente devenue lieu de création et d’échanges artistiques. La Madeleine, c’est aussi un lieu de résidence, une éco-utopie culturelle ou encore un laboratoire, une fabrique de l’art en milieu rural. La Madeleine est un projet porté par la musicienne Cléo T.

Et c’est à la Madeleine que Cléo T a imaginé la Fabrica Femina en 2024, première résidence de cocréation internationale entièrement féminine qui a croisé poésie et musique, résidence, master class, rencontres et échanges. Mais, au-delà de ce temps fort, la Fabrica Femina c’est aussi un réseau collaboratif de créatrices, de musiciennes, qui se tisse au fil de résidences, workshops et performances collectives à travers l’Europe.

Alors à vos agendas, rendez-vous les 3,4 et 5 octobre 2025 pour la seconde édition de la Fabrica Femina !

Entretien avec Cléo T

Les ambitions de la Fabrica Femina en 3 mots qui vous ressemblent ?

  • L’Art : Fabrica Femina c’est avant tout un espace de fabrique (fabrication ) de l’art. C’est une manière de repositionner les regards sur les processus de création, les mécaniques de recherche et de pratique. C’est une volonté d’opposer aux logiques actuelles de résultats, de produits finis et autres contenus tout ce qui constitue selon nous la valeur réelle du geste artistique. Une tentative de donner forme à la matière invisible qui nourrit le parcours artistique, sa singularité et sa force. 

Cela dans un lien entre processus de recherche et virtuosité technique. En réponse aux réalités du livrable quantifiable, Fabrica Femina est un manifeste pour l’art dans sa dimension poétique, humaine, spirituelle et sociale.

  • Liberté : Fabrica Femina c’est une tentative de réponse à cet état donné du monde musical , toujours plus contraint. Qu’on parle de canaux, de supports, de plateformes, on constate une normalisation des espaces, une standardisation croissante.  La Madeleine, cette maison d’artistes qui accueille Fabrica Femina, est une envie d’ouvrir d’autres types d’espaces, affranchis des contraintes de l’économie de marché qui nous semble entraver toujours plus la dynamique intérieure du processus artistique. 
    Perdu dans ce village de 120 habitants, on décide de voir la ruralité comme une forme de luxe contemporain. 

Celui de suspendre le temps, le flux entre les murs de cet ancien prieuré du XVème siècle, et de s’offrir ce temps donné de liberté avec l’ambition de faire advenir des pensées, des « idées » nouvelles pour renouveler nos regards et nos écosystèmes avec un algorithme différent où la valeur -référence serait bien la pensée créatrice.

  • Communauté : Fabrica Femina et la communauté de créatrices que nous ambitionnons de tisser au travers des différentes activités, c’est une volonté de répondre à une société qui nous individualise sans cesse davantage. Et ceci est particulièrement tangible selon nous dans la musique où l’artiste est souvent isolé face à des devoirs, des attentes devant lesquels sa marge de manœuvre semble selon nous toujours moins libre. Dans les logiques de diffusion actuelles et l’organisation même des réseaux,  les projets collectifs et collaboratifs nous semblent compliqués à faire advenir . De même que la constitution de scènes et de pratiques de mutualisation organisées par et pour les artistes. 

On observe la constitution de réseaux de ce type pour les professionnelles et ils sont à notre avis extrêmement précieux (Shesaidso, ou Keychange auquel j’ai pu participer en 2020/21), mais il existe encore peu d’initiatives similaires entres les artistes, or cela nous semble absolument nécessaire pour dessiner d’autres modèles de carrière et de réussite pérenne, respectueuse et épanouissante pour l’artiste. 


Comment et pourquoi est née la Fabrica Femina ?

Je raconte souvent ma visite à la Casa Azul, la Maison de Frida Kahlo à Coyoacan, Mexico et l’une des choses qui m’a beaucoup marqué c’est la vie intellectuelle qui l’habitait, c’était un centre névralgique d’échanges, de rencontres. Comme un autre centre du monde de l’autre côté de l’océan. 
Ceci fait écho à tous ces mythes , le Paris Café Society, les salons, …

Quelque chose qui enthousiasme particulièrement quand tu penses à l’aventure de la FABRICA FEMINA ?

La nature profonde et intense des liens qui se créent naturellement dès qu’on crée la rencontre. Et ceci à tous les niveaux. 
Des liens artistiques extrêmement enrichissants se sont tissés entre les artistes dès l’ouverture de cet espace : créativité commune, partage de pratiques ( de la méditation au travail vocal), mutualisation de réseaux et naissance de projets communs (à suivre pour 2025/26). 
Mais on a également pu nouer des liens humains , équilibrés entre artistes et professionnels, qui même s’ils sont acteurs du même écosystème sont rares et souvent descendants, de l’industrie vers le créateur. Or il est évident que travailler ensemble et enrichir les réflexions professionnels par les réflexions artistiques est un levier fondamental pour imaginer des horizons différents pour nos métiers et leurs impacts en tout genre, sociaux, environnementaux, spirituels , humains. 



Des coups de cœur sur les questions d’égalité, qui t’inspirent en ce moment ?

J’ai rencontré Luciana Gransotto, docteure en études de genre brésilienne qui mène la page Instagram  « Parcours féministe ». C’est le type de démarche que je trouve particulièrement inspirante,  sorte de « pensée complexe » si l’on peut emprunter à Edgard Morin. Ce type d’initiative représente selon moi un renouveau très fort qui travaille à la représentation des femmes de façon particulièrement pertinente, transversale, croisant études universitaires et observation des scènes contemporaines. 

Dans une dynamique un peu plus élargie, je suis très sensible au projet de Olafur Arnalds – OPIA COMMUNITY – qui propose un travail en réseau et qui mêle laboratoire d’idées et concerts,  avec un engagement très fort pour les femmes et les minorités de genre (Opia Community a rejoint Keychange récemment ). J’ai hâte de découvrir leur prochain festival.

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